Mes ondes Martenot, par Manuel Hernandez
Mes Ondes Martenot, les vôtres.
Les Ondes Martenot, par l’œuvre de Jeanne Loriod, grande interprète, ont été associées au nom d’Olivier Messiaen, son beau-frère, et à celui d’André Jolivet pour son superbe concerto. Mais n’en restons pas là, d’autres compositeurs ont écrit pour les ondes et écrivent encore aujourd’hui. Ne privilégions pas les grands noms du Conservatoire de Paris au détriment des autres, tout autant talentueux et si intéressants à jouer.
Je suis heureux de voir des ondistes comme Christine Ott et comme Thomas Bloch, travailler avec des musiciens de variété, des compositeurs presque inconnus, et jouer quelquefois
En ce qui me concerne, je n’ai jamais joué Messiaen en concert, sauf une fois ou deux, mais j’ai joué devant lui la musique d’un autre.
J’aime découvrir, défricher, m’amuser, prendre des risques. Depuis plus de vingt années je donne en concert Le Chant de Dahut de Jean Yves Malmasson, Prix de
Messiaen n’est pas l’Unique.
Travailler avec des musiciens rock, où tout se cherche dans « le tas », où un seul son des Ondes va changer toute l’orchestration, ça s’est passionnant, vivant, et puis il y a la scène !
Car la musique vit sur scène, et non dans des coins obscurs de classes de conservatoire fermées sur elles mêmes, sectaires et ridicules au point de devenir inutiles.
Sylvette Allard, en enregistrant avec Jacques Brel, a popularisé notre instrument, et cela c’est vital.
Jean Laurendeau, à Montréal, a permis la naissance d’un répertoire avec ondes Martenot, au Canada, et ses élèves sont des passionnés qui donnent régulièrement la musique d’aujourd’hui en Amérique.
Je n’ai pas supporté longtemps le conservatoire de Paris, j’y sentais plus la culture d’Etat, l’unicité du modèle de musicien plutôt qu’un désir de nous offrir l’indépendance si nécessaire à la création.
Les relations que j’ai eues, par la suite, loin de la rue de Madrid, avec Jeanne Loriod, furent excellentes, amicales, et nous avons vécu de grands moments.
J’aime mon instrument et je suis heureux de l’entendre encore, passée la vague du tout numérique, cependant, « les sons et les parfums tournent dans l’air du soir » …enfin, bref.
Je suis heureux lorsque Christine Simonin nous livre un enregistrement merveilleux de Koechlin, bravo Christine, mille bravos ! Je suis admiratif du travail de Takashi Harada, au Japon, qui a su rendre indispensable le son des Ondes dans la musique de film actuelle et qui est un excellent compositeur lui-même!
Je suis comblé lorsque Françoise Deslogères m’offre sa palme à l’arrêt de sa carrière, merci madame.
J’applaudis les ondistes qui quittent leur belle sonorité, douce, pure, trop gentille, pour se frotter à la vie, à la musique de notre temps ; le résultat est surprenant, l’avenir des Ondes c’est cela !
Pensons libres, libérés du modèle, et faisons tous chanter nos Ondes avec ce que nous sommes, nous !
Les Ondes Martenot ne sont pas l’instrument d’une époque, mais du présent.