Lucerne 2007

Publié le par Jean-Yves

La maîtrise de Claudio Abbado

La « Symphonie n° 3 »   de Mahler, au Festival de Lucerne

Sans surprise, si l'on ose dire, Claudio Abbado a été au rendez-vous qu'il fixe depuis cinq ans au public du Festival de Lucerne en donnant, samedi, une magistrale interprétation de la Symphonie n° 3 de Gustav Mahler. Une oeuvre qui lui est familière et dont il a déjà enregistré, en 1999, une version mémorable en direct à Londres avec la Philharmonie de Berlin. Le chef est resté fidèle à Anna Larson, merveilleuse contralto à la voix chaude et rayonnante, qui a chanté le texte du quatrième mouvement, tiré du Zarathoustra de Nietzsche, à Lucerne comme en Angleterre.

La Symphonie n° 3 avec choeurs d'enfants et de femmes et voix d'alto est imposante, tant par sa durée, plus d'une heure et demie, que par son ambition. Composée de six mouvements, comme autant de jours que Dieu aurait mis à créer le monde, elle est une puissante méditation en forme de rêve sur les origines de l'Univers. Abbado excelle à monter l'édifice de l'oeuvre sans qu'on en perçoive l'échafaudage. Sans sentimentalisme, avec une stupéfiante clarté, l'orchestre du festival, dont on apprécie une nouvelle fois la cohérence et la qualité du son, nous accompagne dans ce voyage qui débute dans la puissance des cors et des percussions pour se terminer dans le calme d'un magnifique adagio. Toutes les couleurs expressives sont utilisées pour marquer les différentes étapes de la création. À la poésie qui accompagne la description des fleurs et des chants succède le sarcasme illustré par la clarinette, au timbre presque ridicule. Le célèbre solo de cor de postillon placé dans la salle permet d'admirer la virtuosité d'Hannes Läubin, trompette solo de l'Orchestre de la Radio bavaroise, venu comme beaucoup de solistes s'intégrer à la phalange du festival. Une osmose remarquable autour du noyau du Mahler Chamber Orchestra où les solistes se mêlent à l'orchestre sans ostentation. La salle de l'auditorium apparaît une nouvelle fois comme la merveille sonore qu'elle est. Le choeur d'enfants du Tölzer Knabenchor et les dames du Arnold Schoenberg Chor sont également remarquables. Tétanisé, le public attend un long moment, une fois l'exécution achevée, avant de faire à l'orchestre et au chef une ovation méritée.

Le Figaro (20/08/2007)

Publié dans Musique

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