Mes ondes Martenot, par Manuel Hernandez

Publié le par Manuel

Mes Ondes Martenot, les vôtres.

 

Les Ondes Martenot, par l’œuvre de Jeanne Loriod, grande interprète, ont été associées au nom d’Olivier Messiaen, son beau-frère, et à celui d’André Jolivet pour son superbe concerto. Mais n’en restons pas là, d’autres compositeurs ont écrit pour les ondes et écrivent encore aujourd’hui. Ne privilégions pas les grands noms du Conservatoire de Paris au détriment des autres, tout autant talentueux et si intéressants à jouer.

Je suis heureux de voir des ondistes comme Christine Ott et comme Thomas Bloch, travailler avec des musiciens de variété, des compositeurs presque inconnus, et jouer quelquefois la Turangalila Symphonie et les Petites Liturgies d’Olivier Messiaen. Ils ont compris que notre instrument était un merveilleux outil d’expression pour la musique d’aujourd’hui, qu’il ne fallait pas l’identifier à une seule et brève époque musicale, les années 1950-1970 !

En ce qui me concerne, je n’ai jamais joué Messiaen en concert, sauf une fois ou deux, mais j’ai joué devant lui la musique d’un autre.

J’aime découvrir, défricher, m’amuser, prendre des risques. Depuis plus de vingt années je donne en concert  Le Chant de Dahut  de Jean Yves Malmasson, Prix de la Sacem avec cette œuvre, et je le joue toujours avec autant d’émotion. De même, jouer, aujourd’hui, en concert, Houles  de Louvier  c’est prendre un risque énorme ! Pourtant, quelle musique ! Quelle finesse derrière l’humour et  le fortissimo, quel chemin neuf ! Quel est celui d’entre nous  qui ose programmer Tisné ? Et qui a joué Gemme d’étoiles de Michèle Foison ne peut en sortir indemne !

Messiaen n’est pas l’Unique.

Travailler avec des musiciens rock, où tout se cherche dans « le tas », où un seul son des Ondes va changer toute l’orchestration, ça s’est passionnant, vivant, et puis il y a la scène !

Car la musique vit sur scène, et non dans des coins obscurs de classes de conservatoire fermées sur elles mêmes, sectaires et ridicules au point de devenir inutiles.

Sylvette Allard, en enregistrant avec Jacques Brel, a popularisé notre instrument, et cela c’est vital.

Jean Laurendeau, à Montréal, a permis la naissance d’un répertoire avec ondes Martenot, au Canada, et ses élèves sont des passionnés qui donnent régulièrement la musique d’aujourd’hui en Amérique.

Je n’ai pas supporté longtemps le conservatoire de Paris, j’y sentais plus la culture d’Etat, l’unicité du modèle de musicien plutôt qu’un désir de nous offrir l’indépendance si nécessaire à la création.

Les relations que j’ai eues, par la suite, loin de la rue de Madrid, avec Jeanne Loriod, furent excellentes, amicales, et nous avons vécu de grands moments.

J’aime mon instrument et je suis heureux de l’entendre encore, passée la vague du tout numérique, cependant, « les sons et les parfums tournent dans l’air du soir » …enfin, bref.

Je suis heureux lorsque Christine Simonin nous livre un enregistrement merveilleux de Koechlin, bravo Christine, mille bravos ! Je suis admiratif du travail de Takashi Harada, au Japon, qui a su rendre indispensable le son des Ondes dans la musique de film actuelle et qui est un excellent compositeur lui-même!

 Je suis comblé lorsque Françoise Deslogères m’offre sa palme à l’arrêt de sa carrière, merci madame.

J’applaudis les ondistes qui quittent leur belle sonorité, douce, pure, trop gentille, pour se frotter à la vie, à la musique de notre temps ; le résultat est surprenant, l’avenir des Ondes c’est cela !

 

Pensons libres, libérés du modèle, et faisons tous chanter nos Ondes avec ce que nous sommes, nous !

Les Ondes Martenot ne sont pas l’instrument d’une époque, mais du présent.

 

Manuel Hernandez

Publié dans Musique

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kfigaro 04/09/2006 15:51

Je connais un peu Thomas Bloch (rencontré sur le net) et j'adore aussi cet instrument...

effectivement d'autres musiciens ont utilisés les ondes, très peu connu : on trouve des ondes dans la BO des "Félins" par Lalo Schifrin, et dans "Le cerveau d'un million de dollars" musique de film par Richard Rodney Bennett...

cordialement